28 octobre 2007

Quelques mots sur Jean-Paul

Quand je travaille sur Paris, je laisse ma voiture à la gare du Val d'Argenteuil, où il n'est pas toujours facile de se garer, et je prend le train pour St Lazare. 10 minutes, c'est génial, comme le soulignent beaucoup d'Argenteuillais. Pour celà, après avoir laissé ma voiture en contrebas de la gare, rue Louis Lherault, je dois monter les marches qui conduisent au pont qui enjambe la voie férrée pour rejoindre la gare. j'emprunte alors une passerelle, le trottoir réservé aux piétons, sur le côté du pont. Et c'est là que chaque hivers, depuis plusieurs années, je passe devant Jean-Paul. 
Il se tient tous les jours debout sur le pont, au premier tiers de la passerelle, droit, fier et aimable, saluant tout le monde, incontournable par sa carrure, irremplaçable pour son humanité. Chaque passant a droit à un bonjour amical que nous échangeons avec plaisir. Il y a de longues périodes ou je travaille à La Défense, ou ailleurs en banlieue, et quand je passe à nouveau par St Lazare, je retrouve Jean-Paul, fidèle au poste, sur un lieu exposé au vent glacial, par les températures les plus hivernales, toujours souriant et aimable, imperturbable. C'est lui qui nous encourage, nous qui sommes toujours pressés, toujours en retard. Tellement en retard, que nous ne nous arrêtons pas. Jean-paul nous a mis un peu de baume au coeur, et nous relançons la machine pour aller plus vite rejoindre nos obligations et nos engagements.
Depuis longtemps je souhaitais m'arrêter, faire enfin connaissance de ce personnage dont j'admirai tant la dignité et la solidité, et comprendre ce qu'il faisait là. Il a fallu, pour celà, se lever plus tôt, ne pas s'attarder, bousculer un peu les enfants pour qu'ils accélèrent et aillent seuls à l'école. J'ai pu passer quelques minutes avec lui jeudi dernier.
C'est là que j'ai appris son prénom. Jean-paul a 54 ans, il a dirrigé une petite entreprise qui a sombré. Il a cotisé 30 ans en tant que cadre, mais est encore trop jeune pour avoir droit à la retraite. Il est atteint d'une affection aux poumons, et d'une autre au coeur. La sécurité sociale et la caisse de retraite se renvoient son dossier entre eux car personne n'a envie de le prendre en charge. En attendant que celà se dénoue, il est logé par une proche, et il vient sur le pont chaque matin saluer les gens pour recueillir un peu d'argent pour payer sa nourriture, ses cigarettes et son vin, mais il ne demande jamais rien. Jean-paul n'a pas envie qu'on l'aide, il n'aime pas que l'on se mêle de ses affaires, il fuit l'administration. Il attend la retraite et lutte contre la maladie avec le sourire. Par tous les temps, c'est lui qui viens nous encourager et nous réconforter le matin par son bonjour amical et cordial. Comme il dit, "ça ne coûte rien". Je lui ai laissé un petit peu d'argent, il a trouvé que c'était trop, c'était pourtant très peu. En trois ans, je n'avais rien donné. Il ne réclamait rien, et il aurait pu être vexant pour lui qu'on lui propose une assistance non sollicitée. Voilà, nous en savons maintenant un peu plus sur Jean-paul et les raisons du respect qu'il nous inspire.

Christophe Hénocq

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